Lorsque l’on sort du métro Abbesses, tous les regards se tournent naturellement vers le Mur des je t’aime. Pourtant, juste à quelques mètres, se dresse un monument tout aussi remarquable : l’église Saint-Jean de Montmartre. Avec sa façade de briques rouges, ses céramiques colorées et son architecture étonnamment moderne pour son époque, elle constitue l’un des édifices les plus innovants de Paris.
Longtemps restée dans l’ombre de la basilique du Sacré-Cœur, cette église est aujourd’hui une véritable pépite pour les amateurs d’architecture, d’histoire, de photographie et de patrimoine. Derrière son apparence singulière se cache une histoire fascinante, faite d’innovations techniques, de controverses et d’audace.

Au sommaire :
Une église née avec le nouveau Montmartre
À la fin du XIXᵉ siècle, Montmartre change rapidement. Les anciennes carrières disparaissent progressivement, les rues se construisent, la population augmente et le quartier des Abbesses devient l’un des plus dynamiques de Paris.
À cette époque, les habitants ne disposent que de l’ancienne église Saint-Pierre de Montmartre, située tout en haut de la Butte. Pour les familles vivant autour des Abbesses, la montée est longue et difficile.
L’abbé Sobaux imagine alors une nouvelle paroisse, installée à mi-pente, plus accessible aux habitants. Après plusieurs années de recherches et de financements, il confie le projet à l’architecte Anatole de Baudot, élève de Viollet-le-Duc, qui va imaginer une église radicalement différente de tout ce qui se construit alors.
Une révolution architecturale
Saint-Jean de Montmartre est souvent considérée comme la première grande église construite en ciment armé et briques renforcées en France. À une époque où les édifices religieux sont presque exclusivement bâtis en pierre, ce choix paraît totalement révolutionnaire.
L’ingénieur Paul Cottancin développe un procédé utilisant une armature métallique très légère recouverte de briques et de ciment. Cette technique permet d’obtenir des piliers beaucoup plus fins, de vastes espaces intérieurs et une luminosité exceptionnelle.
Le chantier, commencé en 1897, provoque immédiatement de vives critiques. Beaucoup pensent que l’église finira par s’effondrer.
Les autorités vont même suspendre les travaux et engager une procédure de démolition. Pour prouver la solidité de son ouvrage, Anatole de Baudot réalise une démonstration spectaculaire : des tonnes de sable sont déposées sur une réplique de la structure sans provoquer la moindre fissure. Les travaux reprennent finalement et l’église est consacrée en 1904.


Une architecture entre Art nouveau et tradition
À première vue, Saint-Jean de Montmartre ne ressemble à aucune autre église parisienne.
Sa façade mêle briques rouges, grès flammés, céramiques décoratives et lignes inspirées de l’Art nouveau. L’ensemble est signé notamment par le céramiste Alexandre Bigot, célèbre pour ses réalisations architecturales du début du XXᵉ siècle. À l’intérieur, les voûtes élancées rappellent les cathédrales gothiques, tandis que les matériaux utilisés annoncent déjà l’architecture moderne.
Les grands vitraux diffusent une lumière particulièrement douce qui change au fil de la journée. Les amateurs de photographie apprécient autant l’extérieur, avec sa façade colorée dominant la place des Abbesses, que l’intérieur, beaucoup plus lumineux qu’on pourrait l’imaginer.
Pourquoi est-elle dédiée à Saint Jean ?
L’église est placée sous la protection de Saint Jean l’Évangéliste, l’un des douze apôtres de Jésus.
Traditionnellement considéré comme l’auteur du quatrième Évangile, des trois épîtres qui portent son nom et du livre de l’Apocalypse, Saint Jean est souvent représenté avec un aigle, symbole de sa vision spirituelle.
Cette dédicace explique la présence de nombreuses références à l’Apocalypse et à Saint Jean dans les vitraux, les sculptures et la décoration intérieure. Le choix de ce saint n’est donc pas uniquement symbolique : il influence toute l’iconographie de l’édifice.

Une église de Montmartre bien vivante
Contrairement à certains monuments devenus essentiellement touristiques, Saint-Jean de Montmartre reste une paroisse particulièrement active.
Des messes y sont célébrées chaque semaine, mais l’église accueille également des concerts, des visites guidées, des événements culturels, des conférences ainsi que les Journées Européennes du Patrimoine.
Des visites permettent notamment de découvrir les détails architecturaux souvent invisibles au premier regard et d’en apprendre davantage sur cette construction unique.
Un trésor souvent oublié des visiteurs
Des millions de touristes passent chaque année devant l’église en empruntant la sortie du métro Abbesses. Beaucoup prennent une photo de la célèbre bouche Guimard ou du carrousel de la place avant de poursuivre vers le Sacré-Cœur.
Pourtant, rares sont ceux qui franchissent les portes de Saint-Jean de Montmartre.
Quelques minutes suffisent pourtant pour découvrir un monument qui raconte à lui seul l’évolution de l’architecture française au tournant du XXᵉ siècle. C’est aussi l’un des meilleurs exemples de la rencontre entre innovation technique et patrimoine religieux.
Informations pratiques
- Adresse : 19 rue des Abbesses, 75018 Paris
- Métro : Abbesses (ligne
)
Accès : entrée libre aux horaires d’ouverture de l’église - Durée de visite : environ 20 à 40 minutes
- À proximité : Place des Abbesses, Le Mur des Je t’aime, rue Lepic, Place du Tertre et le Sacré-Cœur.
Pourquoi visiter l’église Saint-Jean de Montmartre ?
Visiter Saint-Jean de Montmartre, ce n’est pas seulement entrer dans une église. C’est découvrir une œuvre d’avant-garde qui a bouleversé les techniques de construction de son époque, admirer l’un des plus beaux exemples d’Art nouveau religieux à Paris et comprendre comment Montmartre s’est transformé à la Belle Époque.
Loin de l’agitation touristique, l’édifice offre également un moment de calme et une autre manière de découvrir la Butte. Que l’on soit passionné d’architecture, amateur d’histoire, photographe ou simple promeneur, Saint-Jean de Montmartre mérite largement une halte lors d’une visite du quartier.







