Quand on évoque Montmartre, ses ruelles pavées, ses artistes et ses titis parisiens, un nom revient immédiatement : Francisque Poulbot (1879–1946). Plus qu’un simple illustrateur, Poulbot est devenu l’un des symboles de la Butte. Son regard tendre sur les enfants pauvres de Paris a marqué l’histoire de l’illustration française et laissé une empreinte profonde dans la mémoire collective montmartroise.
Aujourd’hui encore, le mot “poulbot” désigne ces gamins espiègles des rues de Paris, héritiers directs des personnages qu’il dessinait avec humour et humanité. Mais derrière ces visages malicieux se cachait aussi un homme profondément engagé, qui consacra une grande partie de sa vie à aider les enfants défavorisés de Montmartre.
Au sommaire :

Les débuts d’un enfant du Paris populaire
Né le 6 février 1879 à Saint-Denis, Francisque Poulbot grandit dans une famille modeste d’instituteurs. Très tôt, il montre un talent évident pour le dessin. Pourtant, par timidité, il n’osera jamais intégrer l’École des Beaux-Arts. À la place, il apprend seul, en observant la rue, les habitants, les marchés et surtout les enfants des quartiers populaires.
Au tournant des années 1900, ses dessins commencent à être publiés dans la presse satirique et illustrée. Rapidement, son style attire l’attention : un trait vif, expressif, capable de mêler tendresse et ironie en quelques coups de crayon. Il s’installe alors à Montmartre, où il trouvera son inspiration pour toute sa carrière.
À cette époque, Montmartre est encore un village populaire perché sur la colline parisienne. On y croise des ouvriers, des artistes, des blanchisseuses, des cabarets et surtout des enfants qui jouent dans les rues poussiéreuses de la Butte. Francisque observe ces scènes du quotidien avec fascination. Ce sont eux qui deviendront ses célèbres “poulbots”.
Les “Poulbots” : des gamins devenus légendaires
Le génie de Poulbot réside dans sa capacité à représenter les enfants de Paris sans jamais les caricaturer avec mépris. Ses personnages sont pauvres, parfois vêtus de haillons, mais toujours vivants, débrouillards et pleins d’esprit. Ils incarnent le “titi parisien”, insolent mais attachant, libre malgré la misère.
Le terme même de “poulbot” est entré dans le langage courant (et dans le Larousse) pour désigner ces enfants des rues montmartrois, espiègles et débrouillards, issus d’un milieu populaire. Comme le Gavroche de Victor Hugo dans Les Misérables, les petits personnages de Poulbot symbolisent une enfance populaire parisienne faite de débrouillardise et d’humour face aux difficultés.
Ses illustrations apparaissent alors partout : affiches, cartes postales, journaux, publicités, livres illustrés. Pendant la Première Guerre mondiale, il réalise également des affiches patriotiques très populaires. Son style simple et immédiatement reconnaissable contribue à son immense succès.
Mais contrairement à beaucoup d’artistes de son époque, Poulbot ne se contente pas de représenter les enfants pauvres : il cherche aussi à les aider concrètement.


Un artiste profondément engagé auprès des enfants
L’attachement de Poulbot aux enfants de Montmartre dépasse largement le cadre artistique. Au début des années 1920, il devient l’un des acteurs majeurs de la vie associative de la Butte. Avec ses amis artistes comme Adolphe Willette, il participe à la création de la “République de Montmartre”, une association destinée à préserver l’esprit populaire et solidaire du quartier.
En 1923, il ouvre un dispensaire rue Lepic afin de venir en aide aux enfants pauvres du quartier. Cette œuvre sociale, appelée “Les P’tits Poulbots”, fournit soins médicaux, nourriture et assistance aux familles les plus modestes. Dans un Montmartre encore marqué par la précarité, cette initiative est essentielle.
Poulbot utilise alors sa notoriété pour récolter des fonds et mobiliser les artistes du quartier. Son engagement est sincère, quotidien, profondément humain. Les enfants qu’il dessine sont les mêmes qu’il aide dans la vie réelle.
Cette dimension philanthropique explique pourquoi Francisque Poulbot reste aujourd’hui une figure particulièrement aimée à Montmartre. Il ne représentait pas seulement le peuple parisien : il vivait avec lui.
Une figure incontournable de Montmartre
Dans les années 1920 et 1930, Poulbot devient une véritable célébrité parisienne. Son univers graphique envahit les vitrines, les cartes postales et les souvenirs de Montmartre. Pourtant, malgré son succès, il reste profondément attaché à la Butte.
Il s’installe au 13 avenue Junot, dans une maison dont la façade est décorée de frises représentant ses célèbres enfants. Cette demeure existe encore aujourd’hui et fait partie des curiosités discrètes du quartier.
Jusqu’à la fin de sa vie, Poulbot reste fidèle à Montmartre et à ses habitants. Affaibli pendant la Seconde Guerre mondiale, il meurt à Paris le 16 septembre 1946. Il est enterré au Cimetière de Montmartre, au cœur du quartier qu’il aura tant aimé.


L’héritage de Francisque Poulbot aujourd’hui
Plus de soixante-dix ans après sa disparition, l’œuvre de Francisque Poulbot reste intimement liée à l’identité de Montmartre. Ses dessins continuent d’orner les boutiques, les affiches et les souvenirs du quartier. Son nom est devenu un symbole universel de l’enfance parisienne populaire.
Mais son héritage va bien au-delà de l’image folklorique du petit titi parisien. Poulbot rappelle aussi une époque où Montmartre était un quartier solidaire, vivant et profondément humain. Son engagement auprès des enfants pauvres témoigne d’une véritable conscience sociale, rare chez les artistes populaires de son temps.
Aujourd’hui encore, les visiteurs qui arpentent les rues de la Butte croisent l’esprit de Poulbot à chaque coin de rue : dans les dessins exposés place du Tertre, dans les fresques cachées avenue Junot, ou simplement dans l’âme populaire de Montmartre. En 2025, l’école Lepic est renommée école Francisque Poulbot pour honorer l’artiste et bienfaiteur qu’il était.
Francisque Poulbot n’a pas seulement dessiné les enfants de Montmartre : il leur a donné une place dans l’histoire de Paris.
Où voir l’héritage de Poulbot à Montmartre ?
Plus de soixante-dix ans après sa disparition, l’empreinte de Francisque Poulbot demeure bien visible dans les rues de Montmartre. Pour les visiteurs curieux de découvrir le quartier à travers son regard, plusieurs lieux emblématiques permettent de suivre les traces de celui qui a immortalisé les enfants de la Butte.
La maison de Francisque Poulbot, avenue Junot
Située au 13 avenue Junot, la maison où vécut Francisque Poulbot est sans doute le lieu le plus emblématique de son héritage montmartrois. L’artiste s’y installe dans les années 1920 et y restera jusqu’à la fin de sa vie.
L’école Francisque Poulbot, rue Lepic
En 2025, l’école élémentaire située rue Lepic a été rebaptisée École Francisque Poulbot en hommage à l’artiste et à son engagement en faveur des enfants du quartier.
Sa tombe au cimetière de Montmartre
Loin de l’agitation touristique des rues voisines, ce lieu offre un moment de calme et de réflexion. Sa sépulture attire régulièrement des admirateurs venus saluer celui qui a donné un visage à l’enfance populaire parisienne.





